CHAPITRE IX
Salmissra l’Eternelle avait décidé de se passer des services d’Adiss, son Chef Eunuque. Il avait à peine franchi les portes de la salle du trône qu’elle avait compris : il avait encore oublié de prendre un bain et il était complètement abruti par ses drogues. Elle l’avait froidement regardé se prosterner sur les dalles de marbre et commencer son rapport quotidien, mais il s’emmêlait trop la langue. Elle lui avait fait grâce de la suite. Elle avait poussé un chuintement impérieux, un petit serpent vert était sorti en ronronnant de sous le divan qui était son trône et l’insubordination d’Adiss avait reçu la récompense qu’elle méritait.
A présent, la Reine des Serpents était enroulée sur son trône et se regardait paresseusement dans son miroir en ruminant de mornes pensées. Il fallait qu’elle se choisisse un nouveau Chef Eunuque et elle n’était vraiment pas d’humeur à ça. Elle décida de remettre cette corvée à plus tard. Ça laisserait tout le temps aux eunuques du palais d’intriguer pour ce poste enviable. A ces manœuvres succédaient généralement un certain nombre d’accidents mortels, et il y avait beaucoup trop d’eunuques au palais en ce moment.
Un grommellement irrité se fit entendre sous son trône. Son petit serpent vert favori n’avait pas l’air content…
— Qu’y a-t-il, Ezahh ? demanda-t-elle.
— Ecoute, Salmissra, tu pourrais leur dire d’aller se laver avant que je les morde, geignit Ezahh. Ou alors, la moindre des choses, ce serait que tu me préviennes de ce qui m’attend.
— Pardonne-moi, Ezahh. Je ferai plus attention à l’avenir.
La Reine des Serpents se montrait, envers tous les serpents – et surtout les espèces venimeuses – d’une courtoisie qui contrastait étonnamment avec le mépris dans lequel elle tenait globalement la gent humaine. Cela dit, d’aucuns considéraient que c’était la sagesse même, entre ophidiens.
— Allons, tu ne l’as pas fait exprès. (Ezahh faisait preuve de la même civilité, en bon serpent venimeux qu’il était.) Seulement maintenant j’ai un goût affreux dans la bouche.
— Je vais demander qu’on t’apporte une soucoupe de lait pour te rincer les crocs.
— Merci, Salmissra, mais j’ai peur que les miasmes de cet humain ne fassent cailler le lait. Si ça ne t’ennuie pas, je préférerais une bonne grosse souris. Vivante, de préférence.
— Bien sûr, Ezahh. Toi, là-bas ! siffla-t-elle en faisant pivoter sa tête triangulaire vers l’un des eunuques qui se traînait à genoux sur le côté du trône. Va chercher une souris. Mon petit ami vert a faim.
— Tout de suite, Divine Salmissra, répondit obséquieusement l’eunuque.
Il se releva d’un bond et fonça vers la porte en se fendant d’une génuflexion tous les deux pas.
— Merci, Salmissra, ronronna Ezahh. Les humains sont des êtres tellement vulgaires, n’est-ce-pas ?
— Ils ne réagissent qu’à la crainte. Et au désir.
— A propos, as-tu réfléchi à ma demande de l’autre jour ?
— Je m’en suis occupée, lui assura-t-elle. Mais les spécimens de ton espèce sont rares, tu le sais, et nous mettrons peut-être un moment à te trouver une femelle.
— J’attendrai, Salmissra, ronronna-t-il. Nous savons attendre. Je ne voudrais pas que tu le prennes mal, ajouta-t-il au bout d’un moment, mais si tu n’avais pas chassé Sadi, tu n’aurais pas eu à t’en soucier. Nous nous entendions très bien, sa petite protégée et moi.
— C’est ce que j’ai cru remarquer à plusieurs reprises. Si ça se trouve, à l’heure qu’il est tu es papa.
Le petit serpent vert glissa la tête hors du divan et la regarda. Une rayure rouge vif courait tout le long de son dos.
— Qu’est-ce qu’être père ? demanda-t-il avec indifférence.
— C’est une notion assez difficile à expliquer. Les humains en font tout un plat, va savoir pourquoi.
— Qui s’intéresse aux perversités de ces viles créatures ?
— Sûrement pas moi. Plus maintenant, en tout cas.
— Ah, Salmissra, tu as toujours été un reptile dans l’âme.
— Merci, Ezahh, siffla-t-elle, flattée. Il va falloir que je choisisse un nouveau Chef Eunuque, ajouta-t-elle d’un ton méditatif, ses anneaux crissant lentement les uns contre les autres. Quel pensum !
— Pourquoi choisir ? Prends n’importe lequel, au hasard. Ces humains se valent tous, au fond.
— La plupart, oui. J’ai quand même fait rechercher Sadi. J’aimerais le convaincre de revenir à Sthiss Tor.
— Je t’accorde que celui-ci n’est pas comme les autres. Pour un peu, on dirait qu’il a du sang de serpent dans les veines.
— Tu lui trouves aussi des qualités reptiliennes, hein ? C’est un voleur, une canaille, mais il s’occupait du palais comme personne. Si je n’avais pas été en pleine mue quand il s’est attiré ma défaveur, je lui aurais peut-être pardonné.
— Il est toujours pénible de se dépouiller de son ancienne peau, acquiesça Ezahh avec compassion. Si je puis me permettre de te donner un petit conseil, Salmissra, tu devrais demander aux humains de t’éviter dans ces moments-là.
— Il m’en faut bien quelques-uns dans les parages. Quand ce ne serait que pour avoir quelque chose à mordre.
— Tiens-t’en aux souris. Elles ont meilleur goût, et on peut n’en faire qu’une bouchée.
— Si seulement Sadi pouvait revenir, ça réglerait notre problème à tous les deux… Il dirigerait le palais sans m’exaspérer et tu retrouverais ta petite camarade de jeux.
— C’est une perspective intéressante. Dis-donc, Salmissra, ajouta-t-il en regardant autour de lui, l’humain que tu as envoyé chercher ma souris, il l’élève au biberon ou quoi ?
Yarblek et Vella entrèrent discrètement à Yar Nadrak en fin de soirée, juste avant la fermeture des portes. Vella avait laissé ses robes de satin lavande à Boktor et remis son éternelle tenue de cuir noir. Et comme c’était l’hiver – il avait neigé toute la journée – elle avait jeté par-dessus un manteau de zibeline qui aurait coûté une fortune à Tol Honeth.
— Pourquoi cette ville sent-elle toujours aussi mauvais ? grommela-t-elle en suivant son propriétaire dans les petites rues enneigées menant vers le front de mer.
— Pff, Drosta a confié la construction du système de tout-à-l’égout à un de ses cousins, répondit Yarblek en resserrant le col de son manteau de feutre râpé autour de son cou. Les citoyens l’ont senti passer ; les impôts locaux ont phénoménalement augmenté à la faveur des travaux. Et maintenant ils le sentent tout court : le cousin de Drosta était plus doué pour l’escroquerie que comme ingénieur. Ça doit être atavique. Drosta pique même dans son propre trésor.
— C’est complètement stupide !
— Notre roi est complètement stupide, Vella.
— Hé, je croyais que le palais était par là, fit-elle en indiquant le centre de la ville.
— Drosta n’y est sûrement pas à cette heure-ci. Le coucher du soleil lui donne du vague à l’âme et il cherche généralement de la compagnie.
— Dans ce cas, il pourrait être n’importe où.
— Pas vraiment. Notre roi est tellement populaire qu’il ne se risque pas partout après la tombée de la nuit. Nous allons d’abord passer chez notre agent, fit Yarblek en menant son cheval vers une ruelle jonchée d’ordures. Comme ça, tu pourras t’habiller convenablement.
— Qu’est-ce que tu reproches à ma tenue ?
— Ta zibeline risque d’attirer l’attention là où nous allons, et je te rappelle que nous essayons de passer inaperçus.
Les bureaux de l’empire commercial planétaire de Silk et Yarblek étaient installés au-dessus d’un immense entrepôt plein à craquer de ballots de fourrure et de piles de tapis malloréens. L’agent, un dénommé Zelmit, était un Nadrak à l’air peu recommandable, et qui ne l’était probablement pas. Vella, à qui il avait toujours inspiré la plus grande méfiance, avait coutume, en sa présence, de porter ostensiblement la main à la poignée de ses dagues afin d’éviter tout malentendu. Après tout, elle appartenait théoriquement à Yarblek, et Zelmit avait la réputation d’en prendre à son aise avec les biens de son maître.
— Comment vont les affaires ? demanda Yarblek en entrant, suivi de Vella, dans le petit bureau encombré de papiers.
— Pas trop mal, répondit Zelmit d’une voix rocailleuse.
— Epargnez-moi ces fadaises, mon vieux, coupa sèchement Yarblek. Des faits, s’il vous plaît.
— Nous avons trouvé un moyen de couper aux douanes drasniennes en évitant Boktor.
— Ça, c’est une bonne nouvelle.
— C’est plus long, mais ça nous permet de faire entrer nos fourrures à Tol Honeth sans payer les taxes drasniennes. Nos bénéfices sur ce marché ont augmenté de soixante pour cent.
— Je crois inutile d’en informer notre ami Silk, s’il revient jamais par ici, fit Yarblek, rayonnant. Il a parfois des accès de patriotisme, et Porenn est tout de même sa tante.
— Il n’entrait pas vraiment dans mes intentions de le mettre au courant. D’un autre côté, les tapis malloréens passent toujours par la Drasnie. Nous les vendons essentiellement à la grande foire d’Arendie centrale, et ça coûterait trop cher de payer quelqu’un pour leur faire traverser l’Ulgolande. Mais il y a quelqu’un qui casse les prix, ajouta-t-il pensivement. Tant que nous ne saurons pas ce qui se passe au juste, il serait peut-être préférable de ralentir un peu nos importations.
— Vous avez réussi à vendre quelques-unes des pierres que j’avais rapportées de Mallorée ?
— Evidemment. Nous les avons fait sortir en douce puis nous les avons vendues ici et un peu plus bas au sud.
— Parfait. Se montrer où que ce soit avec un tonneau plein de ces trucs-là fait toujours chuter les cours. Vous savez si Drosta est à l’endroit habituel, ce soir ?
— Il y est arrivé juste après le coucher du soleil.
— Vous n’auriez pas un manteau moins voyant pour Vella ?
Zelmit lui coula un regard par en dessous. La farouche Nadrake ouvrit son manteau de fourrure à la volée et porta les mains à ses dagues.
— Vous voulez y goûter tout de suite, Zelmit ? Allez, venez, qu’on en finisse !
— Loin de moi cette idée, Vella, se récria-t-il en écarquillant ses yeux bridés d’un air aussi innocent que possible. Je regardais quelle taille vous faisiez, c’est tout.
— C’est ce que j’ai remarqué, lança-t-elle. La boutonnière que je vous ai faite à l’épaule a fini par cicatriser ?
— Elle se rappelle à mon bon souvenir quand le temps se met à la pluie, répondit-il d’un ton geignard.
— La prochaine fois, gardez vos pattes dans vos poches.
— J’ai un vieux manteau qui devrait faire l’affaire, mais je vous préviens qu’il a connu des jours meilleurs.
— Tant mieux, approuva Yarblek. Nous allons au Chien Borgne et je ne tiens pas à ce qu’elle se fasse remarquer.
Vella posa sa zibeline sur le dossier d’une chaise.
— Ne l’égarez pas, Zelmit, lui conseilla-t-elle avec un calme inquiétant. J’y tiens beaucoup et je suis sûre que vous n’aimeriez pas ce qui arriverait si elle se retrouvait par mégarde dans une caravane à destination de Tol Honeth.
— Allons, Vella, pas de menaces, reprit Yarblek d’un ton apaisant.
— Oh, ce n’était pas une menace. Je voulais juste être sûre que nous nous comprenions bien, tous les deux.
— Je vais vous chercher votre manteau, dit vivement Zelmit.
— Faites donc, faites donc.
S’il avait connu des jours meilleurs, c’était il y a bien longtemps. Rien qu’à l’odeur, cette infâme pelure n’avait jamais été lavée. Vella la mit sur ses épaules avec répugnance.
— Relève le capuchon, lui ordonna Yarblek.
— Peux pas. Je serais obligée de me laver la tête, et tu sais combien de temps mes cheveux mettent à sécher en hiver.
— Fais ce que je te dis, Vella. Pourquoi faut-il toujours que tu discutes ?
— C’est une question de principe.
— Occupez-vous de nos chevaux, Zelmit, fit-il avec un soupir funèbre. Nous irons à pied.
Ils quittèrent les bureaux. Quand ils furent dans la rue, Yarblek tira une chaîne et un collier de cuir des profondeurs de sa houppelande et les tendit à Vella.
— Mets ça, lui dit-il.
— Il y a des années que je n’ai pas porté une chaîne ou un collier, protesta-t-elle.
— C’est pour ton bien, Vella, reprit-il avec lassitude. Nous allons dans un coin mal famé de la ville, et la taverne du Chien Borgne est l’une des plus mal fréquentées. Si tu te promenais en liberté, certains hommes risqueraient de se croire tout permis, alors que si tu es enchaînée, personne ne t’embêtera, ou il aura affaire à moi.
— Et à quoi penses-tu que servent mes dagues ?
— Je t’en prie, Vella. Je ne sais pas pourquoi, mais je t’aime bien, au fond, et je ne voudrais pas qu’il t’arrive quelque chose.
— On est rudement sentimental, ce soir ! Je croyais que la seule chose que tu aimais vraiment, c’était l’argent.
— Je ne suis pas une ordure finie, Vella.
— Tu feras l’affaire jusqu’à ce que l’homme de ma vie se présente, dit-elle en attachant le collier à son cou. Au fond, je t’aime bien, moi aussi. Ah, pas à ce point-là, tout de même ! ajouta-t-elle très vite comme il ouvrait de grands yeux et se fendait d’un sourire en tranche de courge.
La taverne du Chien Borgne était peut-être l’endroit le plus sordide dans lequel Vella ait jamais mis les pieds, et des bouges sinistres et des estaminets minables, elle en avait vu depuis l’âge de douze ans. Elle en avait écarté, des importuns, avec ses dagues. Elle n’en avait pas envoyé beaucoup ad patres, juste quelques enthousiastes, mais elle ne s’en était pas moins établi une réputation de fille qu’il valait mieux regarder de loin si on avait deux nadrakmes d’idée. Il lui arrivait de le regretter un peu. C’est-à-dire qu’elle regrettait que personne ne se risque plus à lui faire des avances. Une ou deux entailles sans gravité pratiquées sur un admirateur impénitent auraient encore affirmé son honneur, et puis… eh bien, qui sait ?
— Evite de toucher à leur bière, l’avertit Yarblek en entrant. Il n’y a pas de couvercle sur le tonneau, et j’ai déjà vu des rats flotter dessus.
Il enroula sa chaîne autour de son poing.
— C’est vraiment dégoûtant, ici, souffla-t-elle en parcourant la salle du regard.
— Chochotte ! Tu es restée trop longtemps à te prélasser chez Porenn !
— Tu veux vraiment que je t’éventre ?
— Brave petite ! fit-il, hilare. Bon, on monte.
— Qu’est-ce qu’il y a là-haut ?
— Les filles. Drosta ne vient pas ici que pour boire de la bière aromatisée au rat crevé.
— C’est répugnant !
— Tu n’as pas encore eu le plaisir de rencontrer notre bien-aimé souverain, je crois ? Il me donne des hauts-le-cœur, et je ne suis pas un délicat.
— Tu as l’intention d’aller le trouver comme ça ? Tu ne préfères pas fouiner un peu dans le coin avant ?
— Y a pas de doute, je t’ai laissée trop longtemps en Drasnie, rétorqua-t-il en montant les marches grinçantes. Drosta me connaît. Il sait qu’il n’a pas intérêt à me mener en bateau. Je vais tout de suite tirer cette affaire au clair et nous pourrons quitter cette ville pourrie.
— Tiens donc, tu te mets à faire des manières, toi aussi ?
Deux soldats nadraks plantés de chaque côté d’une porte, au bout du couloir, disaient plus clairement qu’un communiqué officiel que le roi Drosta lek Thun était derrière.
— Il en est à combien ? demanda Yarblek en s’arrêtant devant eux, Vella en laisse.
— Trois, non ? hasarda l’un des hommes en regardant son collègue.
— Trois ou quatre, j’sais plus, répondit l’autre en haussant les épaules. Pour moi, elles se ressemblent toutes.
— Il est occupé, là ? reprit Yarblek.
— Il reprend des forces.
— Il vieillit. Dans le temps, il lui en fallait une bonne dizaine avant de demander grâce. Vous voulez lui dire que je suis là ? J’ai une proposition à lui faire.
Yarblek leva d’un air suggestif le poing tenant la chaîne de Vella. Les soldats la zyeutèrent de bas en haut et de haut en bas.
— Y a tout c’qu’y faut pour le réveiller, commenta l’un d’eux avec un sourire égrillard.
— Si ça le réveille, je le rendors aussi sec, et pour de bon, rétorqua Vella en écartant les pans de sa pelure pour leur faire voir ses dagues.
— Vous êtes une de ces femmes sauvages de la forêt, hein ? demanda l’autre soldat. On d’vrait pas vous laisser entrer avec ces couteaux, vous savez.
— Vous voulez venir les chercher ?
— Non, fillette, sûrement pas, répondit-il prudemment.
— Parfait. Affûter une lame est fastidieux, et elles se sont déjà ébréchées sur pas mal d’os ces temps-ci.
L’autre soldat ouvrit la porte.
— C’est encore ce Yarblek, Majesté, annonça-t-il. Il a une fille à vous vendre.
— J’viens d’m’en payer trois, fit une voix de fausset ponctuée d’un gargouillis obscène qui devait être un ricanement.
— Pas des comme ça, Majesté.
— Toujours agréable de se savoir appréciée, grinça Vella.
— Ça va, Yarblek, entre ! piaula le roi Drosta.
— Tout de suite, Majesté ! Viens, Vella, fit Yarblek en tirant sur sa chaîne.
Drosta lek Thun, roi du Gar og Nadrak, était vautré, à moitié nu, sur un lit ravagé. C’était un maigrichon aux yeux globuleux et à la barbe pelée sur un visage grêlé, squameux. Vella n’avait jamais vu un homme aussi laid. A côté de lui, Beldin, le nain bossu, était presque séduisant.
— Ma parole, tu es malade ! lança-t-il. Yar Nadrak grouille d’espions malloréens ! Ils savent que tu es l’associé du prince Kheldar et que tu vis pratiquement au palais de Porenn !
— Personne ne m’a vu, Drosta, répondit le Nadrak, et même si on m’avait vu, j’avais une raison parfaitement légitime de venir, riposta-t-il en secouant la chaîne de Vella.
— Tu veux vraiment la vendre ? demanda le roi des Nadraks en la reluquant.
— Non, mais nous pourrons toujours raconter aux petits curieux que nous n’avons pas réussi à nous mettre d’accord sur le prix.
— Alors qu’est-ce que tu fais ici ?
— Porenn se demande ce que vous mijotez. Javelin a mis des hommes à lui au palais, mais ils n’ont pas appris grand-chose. Je me suis dit que j’allais gagner du temps et vous le demander directement.
— Et qu’est-ce qui te fait croire que je mijote quelque chose, comme tu dis ?
— Vous préparez toujours quelque chose.
Drosta partit d’un petit rire strident.
— Ce n’est pas faux, mais pourquoi devrais-je te le raconter ?
— Si vous ne me le dites pas, j’établis le campement au palais et les Malloréens vont croire que vous leur faites un enfant dans le dos.
— Ça, Yarblek, c’est du chantage.
— Ouais, et alors ? le roi des Nadraks poussa un soupir à fendre l’âme.
— Très bien, Yarblek. Mais je te prie de réserver ça à Porenn. Je ne veux pas que vous en tiriez profit, Silk et toi. J’essaie de me rabibocher avec Zakath. Il m’en voulait à mort d’avoir changé de camp à Thull Mardu. Il finira, tôt ou tard, par achever la conquête du Cthol Murgos, et je n’aimerais pas qu’il tourne la tête vers le nord et qu’il regarde par chez moi. J’ai négocié avec Brador, son ministre de l’Intérieur, et nous sommes pratiquement arrivés à un accord. J’ai sauvé ma peau en acceptant que ses agents passent par le Gar og Nadrak pour infiltrer le Ponant. Zakath est un garçon pragmatique, assez en tout cas pour renoncer au petit plaisir de me faire écorcher vif tant que je lui serai utile.
— Hon-hon, fit Yarblek en le regardant d’un air dubitatif. Et quoi d’autre ? Parce que ce n’est pas ça qui empêchera Zakath de vous peler comme une pomme.
— Il y a des moments où je te trouve un peu trop futé pour ta santé, Yarblek.
— Accouchez, Drosta. Je n’ai pas envie de passer l’hiver à fouiner dans tout Yar Nadrak.
Le roi des Nadraks rendit les armes.
— J’ai levé les droits de douane sur les tapis malloréens. Zakath a besoin de revenus fiscaux pour financer l’effort de guerre au Cthol Murgos. L’exemption de taxes permettra aux marchands malloréens de vous tailler des croupières à Silk et toi sur les marchés du Ponant. Ma grande idée est de me rendre tellement indispensable à Sa Majesté impériale qu’elle ne pourra plus se passer de moi.
— Je me demandais, aussi, pourquoi nos marges avaient chuté sur les tapis, commenta Yarblek d’un ton rêveur : C’est tout ?
— Je te le jure, Yarblek.
— Nous connaissons, Majesté, le prix de vos serments.
— Tu es sûr que tu ne veux pas vendre cette fille ? insista Drosta en soupesant Vella du regard.
— Je suis trop chère pour vous, Majesté, lâcha platement l’intéressée. Et tôt ou tard, vos instincts reprendraient le dessus, m’obligeant à défendre ma vertu.
— Tu n’oserais pas lever une arme contre ton roi !
— Je me gênerais !
— Oh, encore une petite chose, Drosta, coupa très vite Yarblek. A partir de maintenant, vous nous appliquerez à Silk et à moi les mêmes droits de douane qu’aux Malloréens.
— C’est hors de question ! glapit Drosta, les yeux hors de la figure. Et si Brador l’apprenait ?
— Eh bien, nous veillerons à ce que ça ne lui vienne jamais aux oreilles, pas vrai ? C’est le prix de mon silence. Si vous ne nous exemptez pas de ces taxes, je raconterai sur tous les toits que vous l’avez fait. Et Zakath risquerait de vous trouver beaucoup moins indispensable, pas vrai ?
— C’est du racket, Yarblek !
— Les affaires sont les affaires, Drosta, répondit Yarblek d’une voix rigoureusement atone.
Le roi Anheg de Cherek était venu à Tol Honeth s’entretenir avec l’empereur Varana. Il ne tourna pas longtemps autour du pot, une fois introduit dans les appartements impériaux.
— Varana, nous avons un problème, annonça-t-il de but en blanc. Vous connaissez mon cousin, le comte de Trellheim ?
— Barak ? Et comment !
— Il y a un moment que personne ne l’a vu. Il a pris son énorme vaisseau de guerre, avec quelques-uns de ses amis.
— La mer est à tout le monde, que je sache. Et quels amis ?
— Hettar, le fils de Cho-Hag, Mandorallen, le chevalier mimbraïque, et Lelldorin, l’Asturien. Il a aussi emmené son propre fils, Unrak, et Relg, le fanatique Ulgo.
— Drôle d’équipage pour une croisière d’agrément, commenta l’empereur de Tolnedrie, le sourcil froncé.
— Je ne saurais mieux dire. On dirait plutôt une catastrophe naturelle à la recherche d’un endroit où se produire.
— Et vous avez une idée de ce qu’ils préparent ?
— Je le devinerais peut-être si je savais où ils vont.
On frappa discrètement à la porte.
— Un Cheresque demanda à voir Sa Majesté impériale, annonça l’un des plantons de service. C’est un marin, je crois, et il prétend avoir quelque chose à dire au roi Anheg.
— Faites-le entrer, ordonna l’empereur.
C’était Greldik, et il était un peu gris.
— J’ai peut-être résolu votre problème, Anheg. Après vous avoir déposé sur ce quai, je me suis un peu promené dans le port pour voir ce qu’on racontait.
— Dans les tavernes du port, vous voulez dire.
— Ben, les marins, ça prolifère pas dans les salons de thé. Bref, je suis tombé sur le capitaine d’un navire marchand malloréen. Il venait du sud. Il avait traversé la Mer du Levant et contourné le cap sud du Cthol Murgos.
— C’est fascinant. Et en quoi cela nous intéresse-t-il ?
— Il a vu un bateau, et quand je lui ai décrit l’Aigle des mers, il m’a dit que c’était bien celui-là.
— C’est toujours un début. Et où Barak allait-il ?
— Où vouliez-vous qu’il aille ? En Mallorée, bien sûr.
Après une semaine en haute mer, l’Aigle des mers mouilla l’ancre dans le port de Dal Zerba, sur la côte sud-ouest de la Mallorée. Barak posa quelques questions et conduisit ses amis au siège du correspondant de Silk dans la cité portuaire.
Le correspondant en question était d’une telle minceur qu’on l’eût dit sous-alimenté.
— Nous cherchons le Prince Kheldar, grommela Barak. Il s’agit d’une affaire assez urgente, et nous vous serions reconnaissants de nous dire où nous pourrions le trouver.
— La dernière fois que j’ai entendu parler de lui, répondit l’homme en fronçant le sourcil, il était à Melcène, de l’autre côté du continent, mais c’était il y a déjà plus d’un mois, et le prince Kheldar ne reste jamais longtemps en place.
— Ça, c’est bien vrai, murmura Hettar.
— Vous n’avez pas une idée de l’endroit où il a pu aller en quittant Melcène ? insista Barak.
— Cette agence est assez récente, répondit l’homme, et je suis comme qui dirait le dernier maillon de la chaîne. L’agent de Dal Finda n’a pas apprécié que Kheldar et Yarblek ouvrent un bureau ici. Il doit s’imaginer que je lui fais concurrence. Il oublie parfois de me mettre au courant de certaines choses. Il est établi depuis un bon moment, et les messagers ne manquent jamais de s’arrêter chez lui. Si quelqu’un, dans cette partie de la Dalasie, sait où est Kheldar, c’est lui.
— Très bien. Et où est Dal Finda ?
— A une quarantaine de lieues en amont du fleuve.
— Merci de votre aide, l’ami. Auriez-vous, par hasard, une carte de la région ?
— Je devrais arriver à vous trouver ça.
— Ça nous aiderait beaucoup. Nous ne connaissons pas bien cette partie du monde.
— Alors nous remontons le fleuve ? releva Hettar lorsque l’agent de Silk fut parti à la recherche de la carte.
— Si ça peut nous permettre de découvrir où sont passés Garion et les autres, la question ne se pose pas, rétorqua le géant à la barbe rouge.
La Finda coulait lentement, paresseusement, et les rameurs de l’Aigle des mers n’eurent pas de mal à la lui faire remonter. Ils arrivèrent à destination le lendemain, en fin de journée, et cherchèrent aussitôt les bureaux de Silk.
Le correspondant local offrait un contraste saisissant avec celui de Dal Zerba. C’était un grand gaillard costaud, au visage rubicond et aux mains comme des battoirs. Il ne se montra pas très coopératif au début.
— Qu’est-ce qui me prouve que vous êtes des amis du prince ? demanda-t-il avec méfiance. Je ne vais pas révéler où il est à de parfaits étrangers.
— Je vois ce que c’est. Monsieur veut se faire prier un peu, susurra suavement Barak.
L’homme regarda le géant à la barbe rouge et déglutit péniblement.
— Ce n’est pas ça. C’est que le prince n’a pas forcément envie qu’on sache où il va et ce qu’il fait.
— Ça, quand on passe sa vie à voler, ça se comprend, commenta Hettar.
— Comment ça, voler ? se récria l’homme, offusqué. Le prince est un respectable homme d’affaires.
— Ouais, doublé d’un menteur, d’un tricheur, d’un escroc et d’un espion, compléta Hettar. Bon, et maintenant, où est-il ? Nous avons entendu dire qu’il était allé à Melcène. Où s’est-il rendu après ?
— Vous pourriez le décrire ? contra le bonhomme.
— Il n’est pas plus grand que ça, répondit Hettar. Il est assez mince. Il a un museau de fouine, le nez pointu, une grande gueule et c’est fou ce qu’il se croit drôle.
— Je dois dire que la description est assez fidèle, concéda l’agent d’un ton pincé.
— Il nous est apparu qu’un grand danger menaçait notre ami, intervint Mandorallen. Nous avons parcouru moult lieues pour lui offrir notre assistance et lui porter secours.
— Je me demandais pourquoi vous étiez en armure, vous autres. Oh, ça va. La dernière fois que j’ai entendu parler de lui, il allait à un endroit appelé Kell.
— Montrez-nous ça, grommela Barak en déroulant sa carte.
— C’est par là, répondit l’agent.
— Ce fleuve est-il navigable ?
— Jusqu’à Balasa – là.
— Bon. Nous allons contourner le continent par le sud et le remonter. A quelle distance de la rivière se trouve ce Kell ?
— La ville de Kell est à une lieue à peu près de la rive orientale. Elle est située juste au pied d’une énorme montagne. A votre place, je ferais attention. Kell a une étrange réputation. C’est là que vivent les sibylles, et elles n’aiment pas beaucoup les étrangers.
— Il va bien falloir que nous tentions le coup, rétorqua Barak. Merci de ces renseignements, l’ami. Nous dirons à Kheldar que vous avez été très serviable, quand nous le reverrons.
Ils repartirent au fil du courant dès le lendemain matin. Le vent s’était levé, venant à l’aide des rameurs, et ils avançaient bien. Peu avant midi, de vives détonations se firent entendre sur la rive, juste à l’avant du navire.
— Point ne serais étonné qu’un orage éclate d’ici peu, risqua Mandorallen.
— Le ciel est parfaitement dégagé, Mandorallen, objecta le colosse à la barbe rouge. Et puis ce ne sont pas des coups de tonnerre. Levez les avirons et amenez la toile ! ordonna-t-il de sa voix tonitruante, et il donna un coup de barre, faisant brutalement accoster l’Aigle des mers.
Hettar, Relg et Lelldorin remontèrent sur le pont.
— Pourquoi nous arrêtons-nous ? demanda Hettar.
— Il y a quelque chose de bizarre droit devant, grommela Barak, et plutôt que de nous jeter tête baissée dans je ne sais quel guêpier, je propose que nous descendions jeter un coup d’œil.
— Vous voulez que je fasse remonter les chevaux ?
— Je ne crois pas. Ça a l’air d’être tout près, et nous nous ferons moins remarquer à pied.
— Vous commencez à parler comme Silk.
— Ça doit être contagieux. Unrak ! Nous allons voir ce que c’est que ce vacarme. Je te confie le bâtiment.
— Enfin, Père ! protesta le jeune homme aux cheveux de feu qui était debout à la proue.
— C’est un ordre, Fils ! rétorqua Barak.
— Oui, M’sieur ! répondit Unrak d’un ton boudeur.
Doucement ballotté par le courant visqueux, l’Aigle des mers heurtait mollement la rive broussailleuse. Barak et les autres sautèrent sur le rivage et s’enfoncèrent dans l’intérieur des terres en regardant bien où ils mettaient les pieds.
Ils entendirent à nouveau plusieurs de ces étranges détonations qui ne ressemblaient pas tout à fait à des coups de tonnerre.
— Quoi que ce soit, c’est droit devant nous, confirma Hettar de sa voix calme.
— Restons bien à couvert tant que nous ne saurons pas de quoi il retourne, suggéra Barak. J’ai l’impression d’avoir déjà entendu ce genre de bruit à Rak Cthol, quand Belgarath et Ctuchik se sont battus.
— Seraient-ce donc des sorciers ? avança Mandorallen.
— Je n’en suis pas sûr, mais ça se pourrait bien. Tâchons de ne pas nous montrer jusqu’à ce que nous sachions qui – ou ce qui est dans le coin.
Ils rampèrent jusqu’à la lisière des broussailles et embrassèrent du regard une vaste zone dégagée.
Des silhouettes en robe noire étaient craintivement blotties à l’autre bout du terrain. D’autres gisaient à terre. Des volutes de fumée montaient de leurs carcasses.
— Des Murgos ? souffla Hettar, surpris.
— M’est avis que non, Messire, objecta Mandorallen. Si Tu voulais regarder plus attentivement, Tu verrais que leurs capuchons sont doublés de différentes couleurs. Ces nuances indiquent le rang des Grolims. Tu serais bien avisé, Messire de Trellheim, de conseiller la prudence.
— Mais pourquoi fument-ils comme ça ? murmura Lelldorin en titillant nerveusement la corde de son arc.
Comme en réponse à sa question, une forme encapuchonnée de noir dressée sur un tertre esquissa un geste d’une désinvolture insultante. Une boule de feu naquit dans sa main, décrivit une parabole, fila dans l’air au-dessus du champ et alla frapper en pleine poitrine l’un des Grolims épouvantés. Ils reconnurent les détonations qu’ils entendaient depuis le fleuve. Le Grolim se plia en deux et s’écroula, les deux mains crispées sur la poitrine.
— Nous savons au moins d’où venait ce bruit, observa Relg.
— Barak, chuchota Hettar. C’est une femme qui est debout là-haut.
— Comment ça, une femme ?
— J’ai de bons yeux, Barak, et je sais reconnaître un homme d’une femme.
— Moi aussi, mais quand ils sont attifés comme ça…
— Regarde ses coudes la prochaine fois qu’elle lèvera les bras. Les coudes des femmes ne sont pas articulés comme les nôtres. Adara dit que c’est à force de porter les enfants.
— Tu as peur de sortir de ton trou, Agachak ? demanda avec une ironie mordante la femme dressée au sommet de la petite colline, puis elle lança une autre boule de feu, faisant mordre la poussière à un Grolim de plus.
— Tu ne me fais pas peur, Zandramas ! rétorqua une voix caverneuse issue d’entre les arbres, au bord du champ.
— Bon, nous connaissons maintenant leurs noms, nota Hettar. Mais pourquoi se battent-ils ?
— Zandramas serait une femme ? hoqueta Lelldorin, stupéfait.
— La reine Porenn le savait depuis quelque temps déjà, confirma le grand Algarois en opinant du chef. Elle l’avait fait dire aux rois d’Alorie, et Cho-Hag m’avait mis au courant.
Zandramas abattit presque nonchalamment les trois derniers Grolims.
— Alors, Agachak, tu sors de ton trou ou tu veux que je vienne te chercher ?
Un grand Grolim d’une maigreur cadavérique sortit du bois.
— Tes petites boules de feu ne me font pas peur, Zandramas, fit-il en s’avançant vers la femme encapuchonnée.
— Je ne pensais pas à ça, Agachak, répondit-elle dans un ronronnement. Vois quel sera ton destin !
Sa silhouette donna tout à coup l’impression de se brouiller, puis, à l’endroit qu’elle occupait l’instant d’avant, se dressa soudain une bête énorme, hideuse, un monstre au long cou de serpent et aux énormes ailes de chauve-souris.
— Par Belar ! jura Barak. Elle s’est changée en dragon !
Le dragon déploya ses ailes. Leur battement souleva un nuage de poussière et la bête s’envola. Le Grolim cadavérique rentra la tête dans les épaules et leva les bras pour se protéger le visage. Un bruit les fit sursauter et le dragon se retrouva tout à coup environné d’un rideau de flammes vertes. De sa gueule monta une voix pareille à un roulement de tonnerre et qui était encore celle de Zandramas.
— Quelque chose a dû t’échapper au cours de tes études, Agachak. Si tu avais fait plus attention, tu saurais que Torak en créant les dragons les a immunisés contre la sorcellerie !
Le dragon plana au-dessus du Grolim transi d’horreur.
— Au fait, Agachak ! Je suis sûre que tu seras heureux d’apprendre la mort d’Urvon. Tu lui donneras mon bonjour quand tu le verras.
Puis elle frappa. Elle enfonça ses serres dans le torse du cadavre ambulant et lui cracha au visage un geyser de flammes noirâtres. L’homme poussa un hurlement atroce, qui cessa net. Le monstre lui avait arraché la tête entre ses mâchoires.
Lelldorin étouffa un hoquet comme s’il allait vomir.
— Par Chaldan ! souffla-t-il, révulsé. Elle va le manger !
D’horribles craquements, des bruits sinistres, des gargouillis écœurants accompagnèrent le festin du dragon. Puis, quand elle eut fini, la créature déploya ses ailes et s’envola vers l’est avec un cri strident, triomphal.
— Vous croyez que je peux sortir, maintenant ? demanda une petite voix tremblante, tout près d’eux.
— Vous feriez mieux, répondit Barak d’une voix menaçante en tirant son épée.
C’était un Thull. Un jeune Thull aux cheveux couleur de boue et à la lippe pendante.
— Que faites-vous ici ? s’étonna Lelldorin.
— C’est Agachak qui m’a emmené, répondit l’étranger en tremblant de tous ses membres.
— Comment vous appelez-vous ? demanda Relg.
— Nathel. Je suis le roi du Mishrak ac Thull. Agachak m’a dit qu’il ferait de moi le roi des rois des Angaraks si je venais avec lui en Mallorée. Je vous en prie, ne m’abandonnez pas ici…
Et des larmes ruisselaient sur son visage.
Barak interrogea ses compagnons du regard, mais ils n’avaient d’yeux que pour le jeune étranger. Des yeux pleins de pitié.
— Oh, c’est bon, dit-il de sa grosse voix. Vous n’avez qu’à venir avec nous.